La pudeur en Islam est une qualité du cœur qui pousse le croyant à s’éloigner de ce qui le rabaisse, dans ses paroles, ses actes, sa tenue et son comportement.
Elle ne se limite pas à une gêne extérieure ou à une simple timidité : c’est une disposition intérieure liée à la foi, qui protège la personne des péchés, des mauvaises attitudes et de ce qui nuit à sa dignité.
Dans cet article, nous allons voir sa définition selon les savants, sa place dans les textes religieux, ses effets sur le croyant, son lien avec la tenue, ainsi que la manière dont elle doit rester équilibrée sans empêcher d’apprendre la religion.
Qu’est-ce que la pudeur en Islam ?
Le Cheikh Ibn Bâz définit la pudeur comme un noble comportement du cœur.
- Elle pousse la personne à s’abstenir de ce qui ne convient pas.
- Empêche de commettre les péchés et les actes reprochables.
Ce n’est donc pas seulement une gêne extérieure, mais une disposition intérieure qui dirige le comportement.
Le Cheikh Al Uthaymin explique que la pudeur est un état intérieur qui apparaît lorsqu’une personne fait une chose dont elle aurait honte.
En Islam, on apprend qu’elle est une qualité louable lorsqu’elle “protège” la personne de ce qui la rabaisse.
Voir aussi : peut-on nommer une personne "mutabarija" ?
La place immense de la pudeur dans la foi
La pudeur fait partie intégrante de la foi et est mentionnée dans de nombreux hadiths.
Le Prophète ﷺ a dit :
« La foi comporte soixante-dix et quelques branches, ou soixante et quelques branches. La meilleure d’entre elles est la parole : lâ ilâha illa Allah, la plus basse est d’enlever ce qui nuit du chemin, et la pudeur est une branche de la foi. »
Hadith rapporté par Al-Bukhârî et Muslim.
Le Cheikh Ibn Bâz nous rappelle que ce hadith est authentique et qu’il montre que la pudeur n’est pas un simple trait culturel, mais une qualité religieuse liée directement à la foi.
Par rapport à ce hadith, le Cheikh Al Uthaymin nous explique que retirer une nuisance du chemin fait partie de la foi, et que la pudeur en est également une branche
Cela permet de montrer que la foi ne se limite pas aux croyances intérieures : elle se manifeste aussi dans le comportement au quotidien et occupe une place centrale dans la vie du musulman.
Les effets de la pudeur sur le croyant
Le Cheikh Ibn Baz nous explique que la pudeur empêche son possesseur des qualités blâmables et des comportements déviants.
Elle permet de s’éloigner :
- des péchés,
- des mauvaises paroles,
- des actes honteux.
Elle agit comme une barrière intérieure avant même l’intervention des autres.
Le Cheikh Al Utheymin dit à ce sujet que la personne pudique ne dit pas ce qui la salit auprès des gens et ne fait pas ce qui la dégrade.
Il décrit la personne pudique comme posée, calme et tranquille.
La pudeur donne donc une forme de dignité visible dans la parole, les gestes et l’attitude générale.
La pudeur dans la tenue et le fait de se couvrir
La pudeur ne concerne pas seulement le cœur, les paroles et les gestes. Elle se manifeste aussi dans la manière de se vêtir et de préserver son corps de ce qui ne doit pas être exposé.
Le Cheikh Ibn Baz explique que le hijab légiféré doit couvrir le corps de la femme devant les hommes étrangers, et qu’il ne doit pas être transparent, ni troué, ni laisser apparaître sa parure (voir les règles du hijab pour la femme).
Il relie cela à la protection contre la tentation et à la pureté des cœurs, dont voici deux versets :
- « Et si vous leur demandez quelque objet, demandez-le leur derrière un voile. Cela est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs. » Traduction rapprochée du verset 53 de la sourate Al-Ahzab.
- « Ô Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles. » Traduction rapprochée du verset 59 de la sourate Al-Ahzab.
Le Cheikh Ibn Baz précise aussi que couvrir les cheveux, le corps et la poitrine fait partie de ce qui est obligatoire devant les hommes étrangers.
La pudeur vestimentaire concerne aussi l’homme. Cheikh Ibn Baz explique que la `awra de l’homme est ce qui se trouve entre le nombril et le genou, dans la prière comme en dehors de la prière.
Le Cheikh Al Utheymin mentionne également que la `awra de l’homme est entre le nombril et le genou, et qu’en prière obligatoire il faut ajouter la couverture d’au moins une épaule lorsque cela est possible.
Le Prophète ﷺ a dit : « Préserve ta awra sauf de ton épouse ou de ce que possède ta main droite. » Puis il dit au sujet de celui qui est seul : « Allah est plus en droit que l’on éprouve de la pudeur devant Lui. »
Source : Sunan Abi Dawud 4017, authentifié hassan par cheikh Al-Albani, rapporté aussi dans Jami At-Tirmidhi 2769.
Ainsi, la pudeur dans la tenue n’est pas séparée de la pudeur du cœur.
Elle en est une manifestation concrète : le musulman et la musulmane cherchent à préserver leur dignité, leur corps et leur comportement, non seulement dans les paroles, mais aussi dans l’apparence extérieure.
Le Prophète ﷺ comme modèle de pudeur
Abû Sa`îd Al-Khudrî rapporte : « Le Messager d’Allah ﷺ était plus pudique qu’une jeune vierge dans son espace retiré. Lorsqu’il voyait une chose qu’il détestait, nous le reconnaissions à son visage. »
Source : Hadith authentique rapporté par Al-Bukhârî et Muslim.
Le Cheikh Al Uthaymin rappelle que la pudeur faisait partie du comportement du Prophète ﷺ.
Cela montre que la pudeur est une qualité prophétique, pas une faiblesse.
Le cheikh Ibn Baz explique que la pudeur du Prophète ﷺ apparaissait dans sa manière douce de corriger, avec de bonnes paroles et sans confrontation inutile.
Le cheikh Al Utheymin précise que cette pudeur ne l’empêchait jamais de dire la vérité lorsqu’elle devait être dite.
Allah dit : « Et Allah n’a pas de pudeur concernant la vérité. » Sourate Al-Ahzab, verset 53.
La pudeur est donc équilibrée : douceur dans le comportement et fermeté quand la vérité doit être dite.
Pourquoi la pudeur ne doit pas empêcher d’apprendre la religion
Le cheikh Ibn Baz explique que la pudeur ne doit pas empêcher une personne de poser les questions nécessaires pour apprendre sa religion.
Lorsqu’un sujet touche à la purification, au mariage, au corps ou aux règles religieuses, il peut être abordé si le besoin est réel.
La gêne qui bloque l’apprentissage religieux n’est donc pas une pudeur louable, car elle empêche de connaître ce qu’Allah demande.
La preuve de cela est le hadith suivant :
Oumm Salama, mère des croyants, rapporte qu’Oumm Soulaym, l’épouse d’Abou Talha, vint trouver le Messager d’Allah ﷺ et dit :
« Ô Messager d’Allah, Allah n’a pas de pudeur concernant la vérité. La femme doit-elle faire le lavage rituel lorsqu’elle fait un rêve érotique ? »
Le Messager d’Allah ﷺ répondit :
« Oui, si elle voit le liquide. »
Source : hadith rapporté par Al Boukhari (hadith n°282).
Le Prophète ﷺ lui répondit que le lavage rituel devient obligatoire si elle constate un écoulement.
Cela montre que la pudeur ne consiste pas à fuir les sujets sensibles, mais à les traiter avec sérieux, respect et intention correcte.
Sources :
- https://binbaz.org.sa/fatwas/11879/%D9%85%D8%A7-%D9%85%D8%B9%D9%86%D9%89-%D8%A7%D9%84%D8%AD%D9%8A%D8%A7%D8%A1
- https://binbaz.org.sa/audios/604/25-%D9%85%D9%86-%D8%AD%D8%AF%D9%8A%D8%AB-%D8%A7%D9%86-%D8%B1%D8%B3%D9%88%D9%84-%D8%A7%D9%84%D9%84%D9%87-%EF%B7%BA-%D9%85%D8%B1-%D8%B9%D9%84%D9%89-%D8%B1%D8%AC%D9%84-%D9%85%D9%86-%D8%A7%D9%84%D8%A7%D9%86%D8%B5%D8%A7%D8%B1-%D9%88%D9%87%D9%88-%D9%8A%D8%B9%D8%B8-%D8%A7%D8%AE%D8%A7%D9%87-%D9%81%D9%8A-%D8%A7%D9%84%D8%AD%D9%8A%D8%A7%D8%A1
- https://binbaz.org.sa/fatwas/11879/%D9%85%D8%A7-%D9%85%D8%B9%D9%86%D9%89-%D8%A7%D9%84%D8%AD%D9%8A%D8%A7%D8%A1
- https://binbaz.org.sa/fatwas/17243/%D9%85%D8%AF%D9%89-%D8%B5%D8%AD%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D9%85%D9%82%D9%88%D9%84%D8%A9-%D9%84%D8%A7-%D8%AD%D9%8A%D8%A7%D8%A1-%D9%81%D9%8A-%D8%A7%D9%84%D8%AF%D9%8A%D9%86
- https://shamela.ws/book/9260/752
- https://shamela.ws/book/9260/1898